Par ce récit, cette confession, je lègue à la postérité mon oeuvre la plus précieuse, ma réussite la plus chérie, ma vie.
Jamais je n'ai oublié ces visages hilares, ces lazzis, ces obscénités et ces rires.. Je les entends encore résonner à mes oreilles...
J'avais appris la haine.
Ce soir-là s'acheva mon enfance. J'avais treize ans.
Cette première expérience n'ouvrit pas à la volupté mon corps trop jeune. Elle y laissa une blessure que toute une vie ne suffirait pas à cicatriser.
J'avais l'impression qu'à l'intérieur de moi même, je n'avais plus de chairs, qu'il y avait un vide, et que celui-ci se remplissait de toiles d'araignée.
L'autre loi était de ne jamais tomber amoureuse. Depuis que Pharas s'était vengé sur moi de ses échecs, je ne pouvais plus aimer. Etait-ce pour toujours ou seulement pour un temps, je ne le savais. Cependant, l'existence que je menais desséchait chaque jour un peu plus mon coeur. Or, je ne voulais pas me laisser aller à la haines des homme, engendrée par celle d'un seul, car le ressentiment est toujours négatif. Je ne cherchais pas à me venger des hommes, mais à les utiliser.
Je n'avais plus de soucis matériels, plus de préoccupations intimes, plus de problèmes, je ne me posais plus de questions. Ma vie, mon âme, mon esprit étaient pris en charge.
Si j'avais bénéficié de la chance, c'était que j'avais su la provoquer...
Je l'avais gagné de haute lutte en pliant les hommes, les évènements et même le destin à ma volonté.
Jamais ne s'effacera de nos mémoires ton image lors de ce tragique conseil. Tu paraissais plus grande que les plus grandes tant tu étais majestueuse. Tu t'étais volontairement enlaidie et jamais tu n'as été plus fascinante, plus belle.
Je fus assez incensée pour être heureuse...Semblable à n'importe quelle parcelle humaine de mon empire, je cédai à l'absurde désir de vivre au moins une fois.
Je m'en voulais de mon imprudence, ma propre faiblesse m'humiliait, et pourtant je portais mon amour comme un diadème invisible et bien plus beau que tous ceux dont je me parais quotidiennement.
Je m'enfermai trois jours et trois nuits...
Les crises de prostration alternèrent avec des heures de d'agonie où je pleurais, criait, m'arrachait les cheveux : je m'enlaidissais à plaisir et suais le sang... sans témoins. ma liaison n'avait duré que de maigres mois, je n'avais connu que quelques nuits d'amour dont ma mémoire enfermait chaque instant.
Il me paru brusquement que toutes les lumières s'éteignaient en moi. Je me fermai volontairement à toute sensibilité et peut-être de cette expérience déchirante naquit cette cruauté qu'on devait me reprocher..
Il était difficile d'imaginer sa force, sa gaieté, sa blondeur, sa vitalité réduites en cendres...cet homme qui emportait dans la tombe la partie vivante de moi même.
Mon passé entier défila devant moi et je mis à jour les comptes de toute une vie. J'avais réussi aux yeux de tous au-delà du possible. Mais effacer les traces de mon enfance, toutes les couronnes du monde n'y seraient pas parvenues. Les circonstances m'avaient fabriquée telle que j'étais, les expériences malheureuses avaient progressivement desséché mon coeur au point d'en faire ce fruit racorni, noirci, pourri par un soleil trop brûlant. Je tenais encore debout simplement par devoir.
J'avais atteint une sorte de désespoir et, pour le combattre, je continuais à tourner comme un corps sans âme.
L'heure des adieux allait bientôt sonner. Je voulus l'anticiper pour être encore en état de jouer ma dernière représentation.
Je traitais la mort selon la tactique avec laquelle j'avais toujours traité mes adversaires. Elle me mettait des bâtons dans les roues, je ne pouvais l'écraser, donc j'affectais de l'ignorer.
Parvenue à ma litière, j'en fermai les courtines comme j'aurais tiré le rideau de scène sur la resplandissante tragédie de ma vie.


Commentaires
Par julie le 16/12/2007 à 11h39
en tout cas, ça donne envie de le lire! merci pour tous ces extraits, très beaux...
Par hold-on le 29/07/2007 à 18h21
c'est vrais qu'il sont bien les extrait ^^ j'aime beaucoup (jpense que je vai peut-être lacheter si j'en est loccasion)^^
Par nobody-knows le 18/07/2007 à 04h02
Je comprends pourquoi tu as aimé ce livre et pleuré
Ils sont vraimennt bien les extraits que tu as choisi!!! :d
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